La photographe Floriane de Lassée construit depuis plusieurs années une série baptisée « Nightviews », qui confronte dans une troublante fusion des plans l’immensité des villes à l’intimité de ses habitants. D’où provient la douce mélancolie qui émane de ces images ?
Ces superbes “Nightviews” nous entraînent du général à l’intime, du global à l’infime, de l’infiniment grand à l’infiniment petit : à première vue, de vastes paysages urbains restituant froidement l’inhumanité des grandes mégalopoles. Un regard plus attentif révèle pourtant la présence d’habitants, que l’on épie à leur insu dans l’intimité de leur espace privé. Prisonniers de leurs jolies cages de verre, ils semblent ne plus se soucier du monde extérieur, se laissant aller à la rêverie ou à leurs tâches domestiques. Sous notre regard de voyeur, ils se montrent en total décalage avec le monde qui les entoure, jouant leur saynète de manière autonome.
Lorsque cette française part faire ses études de photographie à l’ICP (International Center of Photography) de New York en 2003, elle est immédiatement fascinée par la beauté des lumières nocturnes de cette ville sans sommeil et par la promiscuité induite par les gratte-ciels très rapprochés. L’idée de faire poser des personnages (éclairés au flash) lui vient assez rapidement, même si cela complique sensiblement les choses : “Malgré les apparences, les images ne sont quasiment pas retouchées. Je joue volontairement sur cette ambiguïté, mais tout est là dès la prise de vue, ce qui implique un long processus de préparation. Je consacre des journées entières aux repérages des lieux, à la recherche de modèles et à l’obtention des autorisations nécessaires pour circuler dans les immeubles – même si certaines vues ont finalement été faites de façon “clandestine”… Une méthode de travail en équipe, qui relève autant du cinéma que de la photo traditionnelle, devient nécessaire, même si certaines images s’avèrent en fait de “simples” autoportraits !
Depuis les premières images de New York, Floriane a promené sa chambre grand format dans d’autres mégapoles du XIXe siècle. Shanghai, Tokyo, Las Vegas ou Istambul ….